LE JOUR-M (ou comment devenir marathonienne – Partie 2)

C’est le grand jour ! Comme je le disais dans le récit d’avant-course, pas eu le temps de stresser, et ce malgré les courriels quotidiens des organisateurs du marathon. A croire qu’on paie leurs serveurs informatiques et leurs mass-mailings dans l’inscription (d’ailleurs, 20 jours après la course, je reçois toujours des courriels)

Contrairement à mes habitudes de petite fille (ne pas dormir la veille de la rentrée des classes, cogiter toute la nuit, sentir l’angoisse ou l’adrénaline monter…), j’ai dormi comme un loir les deux nuits précédant la course et je crois que cela aura un effet très important sur ma performance. C’est avec le sourire et pleins de confiance et d’énergie que nous prenons le métro (faut le faire) tôt le matin.

On y va !

On y va !

Dossard

Dossard

Arrivée sur le Pont Jacques-Cartier ! Nous ne sommes que 26 000 à prendre le départ du semi et du marathon. Il fait déjà chaud et l’animateur ne fait qu’annoncer 28 degrés pour la mi-course, le stress monte ! Je ne dois pas être la seule, me dis-je, en voyant la « zone toilettes » (environ 400 chiottes, wow !)

Nous partirons du corral numéro 10, soit 20 minutes après les premiers départs (autant dire que les Kényans sont presque à mi-parcours). « Corral », un nouveau mot pour moi. Il désigne l’enclos d’animaux d’élevage ou le corridor dans lequel le taureau attend avant son entrée en scène. Mouais. En attendant, cours, tu réfléchiras plus tard.

Ligne de départ, top, go, déclenche ta montre, c’est parti !

Alex me laisse dès les premiers 200 mètres. Rendez-vous avec moi-même. Dans le premier kilomètre, je compte les coureurs qui s’arrêtent pour faire pipi : 38 ! Impressionnant. Le marathon fait partie de la série Rock’n’Roll et propose donc des groupes de musique tout au long du parcours. Il me semble qu’il y en avait beaucoup au début, moins dans le second demi. Il m’a aussi semblé que c’était la même chanteuse à chaque fois ! Mais on n’était pas là pour s’amuser au concert…

Je cours les 10 premiers km à une allure de 5,30 min au kilo… dans un irrespect total de ma stratégie : j’essaie de me freiner un peu, mais les sensations sont bonnes et je ne vois pas le temps passer. Je commence aussi à m’alimenter un peu et à boire beaucoup, à chaque ravito. J’aperçois le meneur d’allure 4h00, mais il disparait au bout de quelques mètres… tant pis !

Arrivée au Vieux-Port, je ne tiens plus, il faut moi aussi que je fasse pipi : pause imposée d’1,30 min. Grrrr – Un petit gel et ça repart pour la côte de la rue Berri, comme sur des roulettes, en haut de laquelle je retrouve mon fan club ! Ça fait du bien.

J'ai l'air en pleine forme, non ?

J’ai l’air en pleine forme, non ?

Le temps de passage est pris aux 5,10, 21 et 32 kms. Vos fans peuvent donc vous suivre si tout va bien…ou mourir d’inquiétude.

C’est donc vers le 21ème km que j’ai pris conscience que je n’avais fait QUE la moitié. En fait, précisément devant le panneau de bifurcation menant à l’arrivée des demi-marathoniens. En troupeau, ils s’enflamment vers la ligne et toi, tu suis le panneau MARATHON, avec une belle flèche vers le nord et tu te dis que tout commence maintenant. T’as beau le savoir depuis le début… C’est dans le même kilomètre que ma puce électronique n’a pas fonctionné au temps de passage. Le Chéri a donc pensé que j’avais failli. Que nenni !

Ayant un bidon dans les mains, j’ai tranquillement marché le temps d’une minute pour brancher mon ipod : il est grand temps de se divertir un peu. Le nombre de coureurs a diminué (tous déjà au stand-bière, je vous le dis !) et on attaque la partie moins fun, qui fait visiter en long, en large et en travers le boulevard Saint-Joseph (aucun intérêt). Rien de tel qu’une baladodiffusion en compagnie de Benoît Poelvoorde pour se divertir un peu. J’aborde ce deuxième semi à une allure très régulière de 5’50 min au kilo. Je suis bien et cours vers le nord de la ville, je connais bien le parcours, pas de véritable surprise. Toujours quelques pas de marche à chaque ravito et pleine de reconnaissance envers les spectateurs tous très originaux dans leurs encouragements, avec une mention spéciale pour ceux qui te douchent avec leur tuyau d’arrosage, un vrai plaisir.

On peut voir des pancartes hors du commun (oui, tu peux lire lorsque tu cours un marathon). Voici celles qui m’ont marquée :

  • Cours plus vite, je viens de péter.
  • Maman, je t’avais dit de ne pas partir trop vite !
  • Souviens-toi que tu as payé pour être là.
  • Si c’était facile, je le ferais !
  • Le Kényan est en toi !

Je contourne le Parc Villeray pour effectuer le demi-tour et me dirige vers le Boulevard Saint-Joseph (encore et toujours). De nombreux coureurs marchent ou s’effondrent sur les bords de la route, aidés par les secouristes. Je me rends compte que je suis toujours sur mes pattes, et que je cours ! J’arrive au 32ème kilomètre.

A ce moment précis, il se passe plein de choses dans ma tête : d’abord je vois le Chéri et les amis, qui me donnent de l’eau. Comme je ne m’arrête pas, cela va très vite (enfin, à mon allure !), mais je ne m’attendais pas à les voir ici. Cela redonne de l’énergie et fait vraiment plaisir.

De l'eau ou de l'eau ?

De l’eau ou de l’eau ?

Au même moment, je passe sous la bannière « PLUS QUE 10 KM », partagée entre deux sentiments. Le premier, c’est que je n’ai jamais couru plus de 32 km, j’entre donc dans une zone inconnue. Le second, c’est que je me sens bien et je minimise l’effort en pensant « ouais ok, finalement, ça se court un marathon » (il était grand temps que je pense comme ça !). J’ai, cela dit, très peur du fameux mur dont tout le monde parle, quand ton corps et ton esprit stoppent net vers les kilomètres 35 ou 39. Mon objectif est de passer la ligne sur mes deux jambes, dans un état de lucidité « correct » et je veille à maintenir mon allure et ne pas trop puiser dans mes réserves.

C’est le moment de la course où je me sens propulsée et cours sans trop réfléchir, vers le kilomètre 38, point de rendez-vous avec ma copine Eva. Eva pratique plutôt le yoga et le bicyk’ ces temps, mais par solidarité, elle me rejoint pour 3 kilomètres (du 38 au 41). A ce moment, je dois dire que je suis toujours lucide (ma foulée est correcte, l’allure stable, je monte et descends les bordures facilement, je double même des gens !), mais pour ce qui est de parler… Je laisse Eva faire la conversation toute seule 🙂
Elle est fraîche, croise même des collègues ou des connaissances et tout le monde nous encourage. Sur le bord de la route, une fille arbore sa médaille et me hurle « Tu la vois ? Va la chercher ! », Eva m’encourage aussi. Tout cela résonne en moi, les cris autour me semblent assourdissants et me propulsent dans le dernier kilomètre. Je sens une fatigue générale, mais je n’ai pas de douleur locale très précise. Comme un gros jetlag ou 4 nuits blanches d’affilée (ok je ne l’ai jamais expérimenté…) Eva m’abandonne donc au dernier kilomètre et je cours jusqu’à la ligne avec une légère accélération dans les derniers mètres (allure de 5.39 min).

Finisher !

Finisher !

Je passe la ligne très fière, stoppe le chronomètre, vois 4h10 sur ma montre (mon temps officiel est 4h11, la faute de la pause pipi !) et ai immédiatement besoin de m’asseoir sur le côté. Le corps va bien, j’ai juste la tête qui tourne. Je reprends mes esprits au bout d’une minute, attrape ma médaille bien méritée (elle fait son poids !). J’aperçois Alex qui m’attend de l’autre côté : du côté de ceux qui ont fini en 3h56 (Bravo champion !)

Crois-tu qu'il laisserait gagner la mère et la fille ?

Crois-tu qu’il laisserait gagner la mère et la fille ?

On me donne un sac plein de nourriture qui semble peser une tonne. Dans l’heure qui suit l’arrivée, je me sens bien mieux assise, au repos, à récupérer quand même quelques forces et rêve à d’autres moyens de transports bien plus rapides…

Ah si seulement !

Ah si seulement !

Mission accomplie, défi relevé !

Les dollars ! La laine !

Les dollars ! La laine !

Notes sur l’alimentation pendant la course :

du lever au départ : 50 cl de boisson energétique Vega, 2/3 d’une barre de céréales Peanut Butter/chocolat (Probar)
Pendant la course : 4 Blocks (de gros haribos d’EPO) saveur citron, Gel Gu saveur espresso au kilomètre 18
De l’eau, encore de l’eau, toujours de l’eau !

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8 commentaires pour LE JOUR-M (ou comment devenir marathonienne – Partie 2)

  1. Thalia dit :

    Bravo cheffe!!!
    Je suis très admirative, de l’exploit sportif autant que du récit qui nous laisse imaginer, un instant, que courir un marathon est chose facile!
    Maintenant, bon tricot!!
    Bises

  2. Anonyme dit :

    c’est bien ma Caro! quand tu reviendras dans nos montagnes tu pourras venir me voir…à pieds! Nicole

  3. Mimi dit :

    Bravo!!! Tu es une championne et ton récit est plein de suspense!
    Bisous

  4. ysabelh dit :

    Ton récit m’a donné des frissons !

  5. Hélène dit :

    Bravo!! Comme Ysa ton récit m’a transporté. Félicitation pour ce défi, je suis admirative! (je ne cours tellement pas que je suis même admirative des 3 km d’Eva! 😀 )

    • Anonyme dit :

      Merci Hélène c est gentil mais caro cours vite j avais du mal a la suivre. Ton récit est super et bravissimo pour la course.

      • Perrin Pimpim dit :

        Sous cette grosse chaleur tout le monde était rouge pareil ! Bravo Caro pour l acharnement durant ces 17 semaines, le final ne pouvait que bien se passer, on avait tous confiance (même le Chéri de toi) ! Eva c était la cerise sur le gâteau, notre espionne embarquée !

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